L’opinion commune vue par la philosophie

Le libre arbitre n’est pas un sujet nouveau. En 1831, Arthur Schopenheur, philosophe allemand pessimiste aborde le thème de la dialectique éristique (ou l’art de la controverse). L’auteur du livre en question (“l’art d’avoir toujour raison”, dont wikipedia propose le contenu complet) reprend quelques idées anciennes mais en introduit une quantité d’autres afin de nous proposer une liste quasi exhaustive de toutes les combines que les politiciens et journalistes d’aujourd’hui utilisent pour nous prendre pour des cons. Bien entendu, nous utilisons nous même cette science de l’expression de manière inconsciente au jour le jour, mais une fois que vous aurez passé en revue les 38 stratagèmes dialectiques qui nous sont énumérés, vous réaliserez comment les politiques et journalistes arrivent a convaincre avec une honnêteté apparente et même comment certains nous font avaler des couleuvres énormes sans en être conscients. En effet, dans beaucoup de cas, la dialectique est une extention de la pensée…

Le livre (très court: 40 pages) fait donc aussi référence à des auteurs ayant également beaucoup abordé le sujet: Platon (420 av. JC), Aristote (384 av. JC)… comme quoi, prendre le peuple pour un con n’est pas une discipline qui date d’hier!!!!

Voici un apperçu du stratagème 30, qui, en ce qui me concerne, me fait sentir moins seul quant aux nombreuses discussions que j’ai pu avoir face à des publics acquis à la pensée globale:

Il faut aussi utiliser en matière d’autorités les préjugés les plus répandus. Car la plupart des gens pensent avec Aristote "Ce qui paraît juste à une multitude, nous disons que c’est vrai": il n’y a en effet aucune opinion, aussi absurde soit-elle, que les hommes n’aient pas rapidement adoptée dès qu’on a réussi à les persuader qu’elle était généralement acceptée. L’exemple agit sur leur pensée comme sur leurs actes. Ce sont des moutons qui suivent le bélier de tête, où qu’il les conduise: il leur est plus facile de mourir que de penser. Il est très étrange que l’universalité d’une opinion ait autant de poids pour eux puisqu’ils peuvent voir sur eux-mêmes qu’on adopte des opinions sans jugement et seulement en vertu de l’exemple. Mais ils ne le voient pas parce qu’ils sont dépourvus de toute connaissance d’eux-mêmes. Seule l’élite dit avec Platon "à une multitude de gens, une multitude d’idées paraissent justes", c’est-à-dire le vulgus n’a que bêtises en tête, et si on voulait s’y arrêter, on aurait beaucoup à faire. Si on parle sérieusement, le caractère universel d’une opinion n’est ni une preuve ni même un critère de probabilité de son exactitude. Ceux qui le prétendent doivent admettre: 1) que l’éloignement dans le temps prive ce caractère universel de sa puissance démonstrative, sinon il faudrait qu’ils ressuscitent toutes les anciennes erreurs ayant fait autrefois communément figure de vérités, par exemple le système de Ptolémée, ou qu’ils rétablissent le catholicisme dans tous les pays protestants ; 2) que l’éloignement dans l’espace agit de même, sinon on met dans l’embarras l’universalité de l’opinion chez les adeptes du bouddhisme, du christianisme et de l’islam.
Ce que l’on appelle l’opinion commune est, à y bien regarder, l’opinion de deux ou trois personnes; et nous pourrions nous en convaincre si seulement nous observions comment naît une telle opinion. Nous verrions alors que ce sont d’abord deux ou trois personnes qui l’ont admise ou avancée et affirmée, et qu’on a eu la bienveillance de croire qu’elles l’avaient examinée à fond; préjugeant de la compétence suffisante de celles-ci, quelques autres se sont mises également à adopter cette opinion; à leur tour, un grand nombre de personnes se sont fiées à ces dernières, leur paresse les incitant à croire d’emblée les choses plutôt que de se donner le mal de les examiner. Ainsi s’est accru de jour en jour le nombre de ces adeptes paresseux et crédules; car une fois que l’opinion eut pour elle un bon nombre de voix, les suivants ont pensé qu’elle n’avait pu les obtenir que grâce à la justesse de ses fondements. Les autres furent alors contraints de reconnaître ce qui était communément admis pour ne pas être considérés comme des esprits inquiets s’insurgeant contre des opinions universellement admises, et comme des impertinents se croyant plus malins que tout le monde. Adhérer devint alors un devoir. Désormais, le petit nombre de ceux qui sont capables de juger est obligé de se taire; et ceux qui ont le droit de parler sont ceux qui sont absolument incapables de se forger une opinion et un jugement à eux, et qui ne sont donc que l’écho des opinions d’autrui. Ils en sont cependant des défenseurs d’autant plus ardents et plus intolérants. Car ce qu’ils détestent chez celui qui pense autrement, ce n’est pas tant l’opinion différente qu’il prône que l’outrecuidance qu’il y a à vouloir juger par soi-même – ce qu’ils ne font bien sûr jamais eux-mêmes, et dont ils ont conscience dans leur for intérieur. Bref, très peu de gens savent réfléchir, mais tous veulent avoir des opinions; que leur reste-t-il d’autre que de les adopter telles que les autres les leur proposent au lieu de se les forger eux-mêmes ? Puisqu’il en est ainsi, que vaut l’opinion de cent millions d’hommes ? Autant que, par exemple, un fait historique attesté par cent historiens quand on prouve ensuite qu’ils ont tous copié les uns sur les autres et qu’il apparaît ainsi que tout repose sur les dires d’une seule personne.

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~ par paillave sur 6 mai 2009.

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